A la hauteur de la strada del Porto, le cocher déclara qu'il lui était impossible d'aller plus loin avec sa voiture: son cheval risquait d'être éventré par ceux que lui-même menaçait d'écraser.

Michele fit ce qu'il put pour obtenir de sa soeur de lait qu'elle revînt sur ses pas, suivît un autre chemin ou prît une barque au Môle.

Cette barque, en une demi-heure, l'eut conduite à Mergellina.

Mais Luisa avait un but qu'elle considérait comme sacré, et elle refusa de s'éloigner. D'ailleurs, cette foule se précipitait vers la rue Medina, le bruit qu'on entendait venait de la rue Medina, et, aux quelques paroles que surprenait la jeune femme, se mêlaient des mots qui éveillaient l'inquiétude dans son coeur.

Il lui semblait que tout ce peuple qui s'engouffrait dans la rue Medina, parlait de complots, de trahisons, de massacres, et nommait les Backer.

Elle sauta à bas de la voiture, et, toute frissonnante, prit le bras de Michele, avec lequel elle se laissa entraîner par le flot.

On voyait au fond de la rue briller des torches et étinceler des baïonnettes; puis, au milieu d'une rumeur confuse, on entendait des cris de menace.

--Michele, dit Luisa, monte donc sur la margelle de la fontaine, et dis-moi ce que tu vois.

--Michele obéit, et ainsi, dépassant toutes les têtes, put plonger au fond de la rue.

--Eh bien? demanda Luisa.