Puis il jeta derrière lui son fusil déchargé et se livra à ses bourreaux.
Ceux-ci avaient préparé un bûcher pour le brûler, lui, sa femme et ses trois enfants; mais il leur fallut, à leur grand regret, se contenter d'une seule victime.
Ils le lièrent sur le bûcher et le brûlèrent à petit feu.
De Cesare et Boccheciampe avaient été prévenus de ce qui se passait. Ils mirent leurs chevaux au galop; mais, quelque diligence qu'ils fissent, ils arrivèrent trop tard.
Le docteur venait d'expirer.
Ah! nous le savons bien, c'est une triste histoire que celle que nous écrivons sous la forme du roman, et peut-être ne lui avons-nous donné cette forme que pour avoir le droit de la publier et la certitude de la faire lire, et ce sont de misérables alliés, ceux que, de tout temps, de Ferdinand Ier à François II, de Mammone à La Gala, les Bourbons ont eu pour défenseurs de leur cause.
Mais aussi, passant derrière l'histoire et par les mêmes chemins qu'elle a suivis, nous avons le bonheur de pouvoir, à l'égard de certains hommes, rectifier ses jugements. Nous avons déjà peint le cardinal Ruffo, tel qu'il était et non point tel que les historiens, qui n'avaient pas lu sa correspondance avec Ferdinand, nous l'avaient donné.
A un plan moins important et plus éloigné, nous sommes heureux de dire la vérité sur de Cesare et Boccheciampe.
Leur arrivée à Ostuni arrêta le sang et fit cesser les massacres.
Il y a, à notre avis, une grande joie et un grand orgueil à sauver la vie d'un homme; mais l'orgueil ne doit-il pas être aussi grand, la joie aussi grande lorsque l'on tire une mémoire des gémonies où un historien peu consciencieux ou mal renseigné l'avait traînée et qu'on la réhabilite aux yeux de la postérité?