Des deux mille hommes qu'avaient les deux jeunes gens avant le combat, il leur en restait à peine cinq cents.
Les autres s'étaient dispersés.
Il fut convenu que de Cesare, avec quatre cents hommes, irait rejoindre le cardinal, et que Boccheciampe, avec cent hommes, se rendrait à Brindisi pour tâcher d'y réorganiser une colonne avec laquelle il rejoindrait à son tour le gros de l'armée sanfédiste.
Fra Pacifico, les deux pièces de canon, le caisson qu'il avait sauvés et ses douze moines restaient attachés à la colonne de Cesare.
Les deux amis s'embrassèrent, et, dès le même soir, prirent le chemin qui devait conduire chacun d'eux à sa destination.
CXVIII
NICCOLA ADDONE
Nous avons raconté comment Salvato avait été envoyé par le général Championnet à Salerne dans le but d'organiser et de diriger une colonne sur Potenza, où l'on craignait une réaction et les malheurs terribles qui l'accompagnent toujours dans un pays à demi sauvage où les guerres civiles ne sont que des prétextes aux vengeances particulières.
Quoique les événements de Potenza appartiennent plutôt à l'histoire générale de 99 qu'au récit particulier que nous avons entrepris, lequel ne met sous les yeux de nos lecteurs que les faits et gestes des personnages qui y jouent un rôle,--comme ces événements ont le caractère terrible, et de l'époque dans laquelle ils ont été accomplis et du peuple chez lequel ils se passent, nous leur consacrerons un chapitre, auquel ils ont un double droit, et par la grandeur de la catastrophe et par l'influence néfaste que le voyage qui amena la révélation par Michele du complot des Backer, eut sur la vie de l'héroïne de notre histoire.
En rentrant de cette soirée chez la duchesse Fusco, où les vers de Monti avaient été lus, où le Moniteur parthénopéen avait été fondé et où le perroquet de la duchesse avait, grâce à ses deux professeurs, Velasco et Nicolino, appris à crier: «Vive la République! meurent les tyrans!» le général Championnet avait trouvé au palais d'Angri un riche propriétaire de la Basilicate nommé Niccola Addone.