Les premiers bandits arrivèrent un à un et furent introduits aussitôt leur arrivée. Après avoir traversé un long corridor, ils arrivèrent à la chambre où se tenaient Loreto et Sarraceno.
Ceux-ci frappaient et, d'un seul coup, abattaient leur homme avec autant de justesse et de promptitude que le boucher abat un boeuf dans sa boucherie.
Au moment même où le bandit tombait, deux autres domestiques d'Addone, nommés Piscione et Musano, faisaient passer le cadavre à travers une trappe.
Le cadavre tombait dans une écurie.
Aussitôt le cadavre disparu, une vieille femme, impassible comme une Parque, sortait d'une chambre voisine, un seau d'eau d'une main, une éponge de l'autre, lavait le plancher, et rentrait dans sa chambre avec le mutisme et la roideur d'un automate.
Le chef Capriglione vint à son tour. Basilio Addone, frère de Niccola, le suivit par derrière comme pour lui indiquer les détours de la maison; mais, au milieu du corridor, le bandit, inquiet et soupçonneux, eut sans doute un pressentiment. Il voulut retourner. Alors, sans insistance pour le faire aller plus avant, sans discussion aucune avec lui, au moment où il se retournait, Basilio Addone lui plongea jusqu'au manche son poignard dans la poitrine.
Capriglione tomba sans pousser un cri. Basilio le tira dans la première chambre venue, et, s'étant assuré qu'il était bien mort, l'y enferma et mit tranquillement la clef dans sa poche.
Quant à Falsetta, il avait eu un des premiers la tête fendue.
Seize des brigands, leurs deux chefs compris, étaient déjà tués et jetés dans le charnier, lorsque les autres, voyant leurs camarades entrer et ne les voyant pas sortir, formèrent une petite troupe, et, guidés par Gennarino, le fils de Falsetta, vinrent pour frapper à la porte d'Addone.
Mais ils n'eurent pas même le temps de frapper à cette porte. Au moment où ils n'étaient plus qu'à une quinzaine de pas de la maison, Basilio Addone, qui se tenait en vedette à une fenêtre, avec cette même main ferme et ce même coup d'oeil sûr dont il avait frappé Capriglione, envoya une balle au milieu du front de Gennarino.