Le pilote sauta le premier à terre, tira la barque et l'assujettit contre la jetée.
Mais, avant qu'il eût tendu la main au roi, le roi avait pris son élan et avait sauté sur le quai.
--Ah! dit-il avec une joyeuse exclamation, me voilà donc sur la terre ferme. Que le diable emporte maintenant le roi George, l'amirauté, lord Nelson, le Van-Guard et toute la flotte de Sa Majesté Britannique! Tiens, mon ami, voilà pour toi.
Et il tendit sa bourse au pilote.
--Merci, sire, répondit celui-ci en faisant un pas en arrière, mais Votre Majesté a entendu ce que j'ai répondu au capitaine Henry. Je suis payé par mon gouvernement.
--Et tu as même ajouté que tu ne recevais d'argent qu'à l'effigie du roi Ferdinand et du roi Charles: prends donc.
--Sire, êtes-vous sûr que celui que vous me donnez ne soit pas à l'effigie du roi George?
--Tu es un hardi coquin de vouloir donner une leçon à ton roi. En tout cas, apprends une chose, c'est que, si j'ai reçu de l'argent de l'Angleterre, elle m'en fait payer cher les intérêts. L'argent est pour tes hommes, et cette montre sera pour toi. Si jamais je redeviens roi et que tu aies quelque grâce à me demander, tu viendras à moi, tu me présenteras cette montre, et la grâce te sera accordée.
--Demain, sire, dit le pilote en prenant la montre et en jetant la bourse à ses matelots, je serai au palais, et j'espère que Votre Majesté ne me refusera pas la grâce que j'aurai l'honneur de lui demander.
--Eh bien, dit le roi, celui-là n'aura point perdu de temps.