--Le pilote! s'écria le roi en reconnaissant la montre qu'il avait donnée, la veille, à l'homme qui, si habilement, l'avait conduit dans le port; le pilote!
--C'était moi, sire, répondit Caracciolo en s'inclinant.
--Comment! tu as consenti, toi, un amiral, à faire le métier de pilote?
--Sire, il n'y a point de métier inférieur quand il s'agit du salut du roi.
La figure de Ferdinand prit une expression de mélancolie qu'elle ne revêtait qu'à de bien rares intervalles.
--En vérité, dit-il, je suis un prince bien malheureux: ou l'on éloigne mes amis de moi, ou ils s'éloignent de moi eux-mêmes.
--Sire, répondit Caracciolo, vous avez tort de vous en prendre à Dieu du mal que vous faites ou du mal que vous laissez faire. Dieu vous a donné pour père un roi non-seulement puissant, mais illustre; vous aviez un frère aîné qui devait hériter du sceptre et de la couronne de Naples: Dieu a permis que la folie le touchât du doigt au front et l'écartât de votre chemin. Vous êtes homme, vous êtes roi, vous avez la volonté, vous avez le pouvoir; doué du libre arbitre, vous pouvez choisir entre le bien et le mal, le bon et le mauvais: vous choisissez le mal, sire, de sorte que le bien et le bon s'éloignent de vous.
--Caracciolo, dit le roi, plus triste qu'irrité, sais-tu que personne ne m'a jamais parlé comme tu me parles?
--Parce qu'à part un homme qui, comme moi, aime le roi et veut le bien de l'État, Votre Majesté n'a autour d'elle que des courtisans qui n'aiment qu'eux-mêmes et ne veulent que les honneurs de la fortune.
--Et cet homme, quel est-il?