Ruffo continua:
--Au moment du départ, j'appelai près de moi de Cesare, et, comme je doutais que M. le prince de Calabre consentît jamais à jouer un rôle actif dans une guerre comme celle qui se préparait, sans faire part de mon projet à Cesare, sur la bravoure de qui je savais pouvoir compter, puisqu'il est Corse, je lui dis que ce n'était, certes, point par hasard et sans avoir de grands desseins sur lui que la nature l'avait doué d'une ressemblance si extraordinaire avec le prince héréditaire.
--Et que répondit-il? demanda le roi.
--Je dois lui rendre cette justice, qu'il n'hésita pas un instant. «Je ne suis, dit-il, qu'un atome dans le drame qui se joue; mais ma vie et celle de mes compagnons est au service du roi. Qu'ai-je à faire?--Rien, répondis-je. Vous n'avez qu'à vous laisser faire.--Encore, avons-nous un plan quelconque à suivre?--Vous accompagnerez Leurs Altesses royales à Manfredonia; lorsqu'elles seront embarquées, vous suivrez la côte orientale de la Calabre jusqu'à Brindisi. Si, le long de la route, il ne vous est rien arrive, prenez à Brindisi un bateau, une barque, une tartane, et gagnez la Sicile; si, au contraire, il vous est arrivé quelque chose d'extraordinaire et d'inattendu, vous êtes homme d'esprit et de courage, profitez des circonstances: votre fortune et celle de vos compagnons--une fortune à laquelle, dans vos rêves d'ambition les plus hardis, vous ne pouviez vous attendre,--est entre vos mains...»
--Vous aviez quelque projet sur eux?
--Évidemment.
--Alors, pourquoi, connaissant leur courage, ne les mettiez-vous pas au courant de ce projet?
--Parce que, sur les sept, sire, un pouvait me trahir... Qui peut répondre que, sur sept hommes, un seul ne trahira point?
Le roi poussa un soupir.
--Mais ce projet, dit-il, à moi, vous n'avez aucune raison de me le cacher.