--Milord, la mer est dure, le navire fatigue et a perdu toute sa vitesse.

--Ah! ah! dit Nelson. Et vous avez peur de manquer à virer?

--Le navire cule.

Nelson se leva, salua la reine et le roi avec un sourire, et suivit le lieutenant.

Le roi, nous l'avons dit, ne savait pas l'anglais; la reine le savait; mais, les termes de marine ne lui étant pas familiers, elle avait compris seulement qu'il venait de surgir un nouveau danger; elle interrogea Emma des yeux.

--Il paraît, répondit Emma, qu'il y a à exécuter une manoeuvre difficile, et qu'on n'ose le faire en l'absence de milord.

La reine fronça Le sourcil et poussa une espèce de gémissement; Emma, chancelant sur le plancher mobile, alla écouter à la porte.

Nelson, qui comprenait le danger, était remonté vivement sur la dunette. Le vent, comme l'avait dit le lieutenant Parkenson, avait sauté au sud; il faisait sirocco, et le bâtiment avait le vent complétement debout.

L'amiral jeta un regard rapide et inquiet autour de lui. Le temps, nuageux toujours, s'était cependant éclairci. Capri se dessinait à bâbord, et l'on s'en était approché au point de distinguer, à la pâle lueur de la lune, tamisée à travers les nuages, les points blancs indiquant les maisons. Mais ce que l'on distinguait surtout, c'était une large frange d'écume blanchissant sur toute la longueur de l'île et indiquant avec quelle fureur la vague s'y brisait.

A peine Nelson eut-il jeté un coup d'oeil autour de lui, qu'il jugea la situation. Le vent du sud avait masqué la voilure: les mâts, surchargés de toile, craquaient. De sa voix bien connue de l'équipage, il cria: