--Non, pardieu!
--Mais seul, avec tout pouvoir: je serai votre vicaire général, votre alter ego.
--Tu seras tout cela, et, aujourd'hui même, en plein conseil, je déclare que telle est ma volonté.
--Alors, tout est perdu.
--Comment, tout est perdu?
--Sans doute. Au conseil, je n'ai que des ennemis. La reine ne m'aime pas, M. Acton me déteste, milord Nelson m'exècre, le prince de Castelcicala m'abhorre. Quand bien même les autres ministres me soutiendraient, voilà une majorité toute faite contre moi... Non, sire, pas ainsi.
--Comment, alors?
--Sans conseil d'État, sans autre volonté que celle du roi, sans autre aide que celle de Dieu. Ai-je besoin de quelqu'un pour faire ce que j'ai fait jusqu'à présent? Pas plus que je n'en aurai besoin pour ce qui me reste à faire. Ne disons pas un mot de notre plan; gardons le secret. Je pars sans bruit pour Messine avec mon secrétaire et mon chapelain, je traverse le détroit; et, là seulement je déclare aux Calabrais ce que je viens faire en Calabre. Le conseil d'État alors se réunira sans Votre Majesté ou avec Votre Majesté; mais il sera trop tard. Je me moquerai du conseil d'État. Je marcherai sur Cosenza, j'ordonnerai à de Cesare de faire sa jonction avec moi, et, dans trois mois comme je l'ai dit à Votre Majesté, je serai sous les murs de Naples.
--- Si tu fais cela, Fabrizio, je te nomme premier ministre à vie et je reprends à mon imbécile de François le titre de duc de Calabre pour te le donner.
--Si je fais cela, sire, vous ferez ce que font les rois pour lesquels on se dévoue: vous vous hâterez d'oublier. Il y a des services si grands, que l'on ne peut les payer que par l'ingratitude, et celui que je vous aurai rendu sera de ceux-là. Mais mon but va plus loin que la richesse, plus haut que les honneurs. Je suis ambitieux de gloire et de renommée, sire: je veux être à la fois dans l'histoire Monk et Richelieu.