--Vous me demandez de vous répondre en toute franchise, répliqua Oronzo Massa: je vais le faire. La ville est perdue; aucun effort, chaque homme fût-il un Curtius, ne peut la sauver. Quant au Château-Neuf, nous en sommes encore maîtres, mais par cette seule raison que nous n'avons contre nous que des soldats sans expérience, des bandes inexpérimentées, commandées par un prêtre. La mer, la darse, le port, sont au pouvoir de l'ennemi. Le palais n'a aucune défense contre l'artillerie. La courtine est ruinée, et si, au lieu d'assiégé, j'étais assiégeant, dans deux heures j'aurais pris le château.

--Vous accepteriez donc la paix?

--Oui, pourvu, ce dont je doute, que nous puissions la faire à des conditions qu'il fût possible de concilier avec notre honneur, comme soldats et comme citoyens.

--Et pourquoi doutez-vous que nous puissions faire la paix à des conditions honorables? Ne connaissez-vous point celles que le directoire propose?

--Je les connais, et c'est pour cela que je doute que le cardinal les accepte. L'ennemi, enorgueilli par la marche triomphale qui l'a conduit jusque sous nos murs, poussé par la lâcheté de Ferdinand, par la haine de Caroline, ne voudra pas accorder la vie et la liberté aux chefs de la République. Il faudra donc, à mon avis, que vingt citoyens au moins s'immolent au salut de tous. Ceci étant ma conviction, je demande à être inscrit, ou plutôt à m'inscrire le premier sur la liste.

Et alors, au milieu d'un frémissement d'admiration, s'avançant vers le bureau du président, en haut d'une feuille de papier blanc, il écrivit d'une main ferme:

ORONZO MASSA.--POUR LA MORT.

Les applaudissements éclatèrent, et, d'une seule voix, les législateurs s'écrièrent:

--Tous! tous! tous!

Le commandant du château de l'Oeuf, L Aurora, était, sur l'impossibilité de tenir, du même avis que son collègue Massa.