Puis il passa la plume au commandant Foote; celui-ci, à son tour, la passa au commandant Baillie, qui la passa au commandant Achmet.

La seule exigence du cardinal fut que le traité, quoique signé le 22, portât la date du 18.

Cette exigence, à laquelle n'hésita point à se rendre le colonel Mejean, et qui fut un mystère pour tout le monde, grâce à la connaissance approfondie que nous avons de cette époque, et à la correspondance du roi et de la reine, sur laquelle nous eûmes, en 1860, le bonheur de mettre la main, n'en est pas un pour nous.

Il voulait que la date fût antérieure à la lettre qu'il avait reçue de la reine et qui lui défendait de traiter, sous aucun prétexte, avec les rebelles.

Il aurait cette excuse de dire que la lettre était arrivée quand la capitulation était déjà signée.

Et maintenant, il est de la plus grande importance que, traitant à cette heure un point purement historique, nous mettions sous les yeux de nos lecteurs le texte même des dix articles, qui n'a jamais été publié qu'incomplet ou altéré.

Il s'agit d'un procès terrible, où le cardinal Ruffo, condamné en première instance par l'histoire, ou plutôt par un historien, juge partial ou mal renseigné, en appelle à la postérité contre Ferdinand, contre Caroline, contre Nelson.

Voici la capitulation:

«ARTICLE 1er.--Le Château-Neuf et le château de l'Oeuf seront remis au commandant des troupes de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles, et de celles de ses alliés, le roi d'Angleterre, l'empereur de toutes les Russies et le sultan de la Porte Ottomane, avec toutes les munitions de guerre et de bouche, artillerie et effets de toute espèce existant dans les magasins, et qui seront reconnus par l'inventaire des commissaires respectifs, après la signature de la présente capitulation.

»ART. 2.--Les troupes composant la garnison conserveront leurs forts jusqu'à ce que les bâtiments dont on parlera ci-après, destinés à transporter les personnes qui voudront aller à Toulon, soient prêts à mettre à la voile.

»ART. 3.--Les garnisons sortiront avec les honneurs militaires, c'est-à-dire avec armes et bagages, tambour battant, mèches allumées, enseignes déployées, chacune avec deux pièces de canon; elles déposeront leurs armes sur le rivage.

»ART. 4.--Les personnes et les propriétés mobilières de tous les individus composant les deux garnisons seront respectées et garanties.

»ART. 5.--Tous les susdits individus pourront choisir, ou de s'embarquer sur les bâtiments parlementaires qui seront préposés pour les conduire à Toulon, ou de rester à Naples, sans être inquiétés, ni eux ni leurs familles.

»ART. 6.--Les conditions arrêtées dans la présente capitulation sont communes à toutes les personnes des deux sexes enfermées dans les forts.

»ART. 7.--Jouiront du bénéfice de ces conditions, tous les prisonniers faits sur les troupes régulières par les troupes de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles ou par celles de ses alliés, dans les divers combats qui ont eu lieu avant le blocus des forts.

»ART. 8.--MM. l'archevêque de Salerne, Micheroux, Dillon et l'évêque d'Avellino resteront en otage entre les mains du commandant du fort Saint-Elme jusqu'à l'arrivée à Toulon des patriotes expatriés.

»ART<. 9.--Excepté les personnages nommés ci-dessus, tous les otages et prisonniers d'État renfermés dans les forts seront mis en liberté aussitôt la signature de la présente capitulation.

»ART. 10.--Les articles de la présente capitulation ne pourront être exécutés qu'après avoir été complètement approuvés par le commandant du fort Saint-Elme.

»Fait au Château-Neuf, le 18 juin 1799.

»Ont signé:

»MASSA, commandant du Château-Neuf; L'AURORA, commandant du château de l'Oeuf; CARDINAL RUFFO, vicaire général du royaume de Naples; ANTONIO, CHEVALIER MICHEROUX, ministre plénipotentiaire de Sa Majesté le roi des Deux-Siciles près les troupes russes; E.-T. FOOTE, commandant les navires de Sa Majesté Britannique; BAILLIE, commandant les troupes de Sa Majesté l'empereur de Russie; ACHMET, commandant les troupes ottomanes

Sous les signatures des différents chefs prenant part à la capitulation, on lisait les lignes suivantes: