--Insolente! s'écria Caroline. Oh! si je ne me venge pas, je mourrai de rage.

Emma Lyonna accourut, et trouva la reine se roulant sur un canapé, et mordant les coussins à belles dents.

--Ah! mon Dieu!... qu'a donc Votre Majesté? Qu'est-il arrivé?

La reine, à sa voix, se redressa et bondit sur la belle Anglaise comme une panthère.

--Ce qui est arrivé, Emma? Il est arrivé que, si tu ne viens pas à mon aide, la royauté est à jamais déshonorée, et que je n'ai plus qu'à retourner à Vienne et à y vivre en simple archiduchesse d'Autriche!

--Bon Dieu! et moi qui accourais vers Votre Majesté toute joyeuse! On me disait que tout était fini, que Naples était reprise, et j'étais sur le point d'écrire à Londres que l'on nous envoyât ce qu'il y avait de plus nouveau et de plus frais en robes de bal, pour les fêtes auxquelles je prévoyais que votre retour donnerait lieu!

--Des fêtes! Si nous donnons des fêtes pour notre retour à Naples, on pourra les appeler les fêtes de la honte! Des fêtes! Il s'agit bien de fêtes! Oh! misérable cardinal!

--Comment, madame, s'écria Emma, c'est contre le cardinal que Votre Majesté se met dans une pareille colère?

--Oh! quand tu sauras ce que ce faux prêtre a fait!

--Il ne peut rien faire qui vous donne le droit de tuer vous-même, comme vous le faites, votre chère beauté. Qu'est-ce que ces rougeurs sur vos beaux bras? Ces traces de vos dents, laissez-moi les enlever avec mes lèvres. Qu'est que ces larmes qui brûlent vos beaux yeux? Laissez-moi les sécher avec mon haleine. Qu'est-ce que ces morsures qui ensanglantent vos lèvres? Laissez-moi recueillir ce sang avec mes baisers. Oh! la méchante reine, qui fait grâce à tous, excepté à elle!