Comme elle le lui avait promis, la reine ne quitta lady Hamilton que sur le quai de Palerme, et, tant qu'elle put l'apercevoir dans l'obscurité, elle continua de la saluer en agitant son mouchoir.

Voilà comment sir William Hamilton et Emma Lyonna, étaient à bord du Foudroyant.

On a vu par la lettre qu'avait reçue le cardinal, que la belle ambassadrice avait complètement réussi dans sa mission.

Le cardinal, en entrant dans la cabine de l'amiral anglais, avait jeté un coup d'oeil rapide sur les deux personnes qu'elle renfermait.

Sir William était assis dans un fauteuil, devant une table sur laquelle se trouvaient de l'encre, des plumes, du papier, et, sur ce papier, les morceaux de la capitulation déchirée par la reine.

Emma Lyonna était couchée sur un canapé, et, comme on était aux mois chauds de l'année, se faisait de l'air avec une éventail de plumes de paon.

Nelson, entré derrière le cardinal, lui montra un fauteuil et s'assit en face de lui sur l'affût d'un canon, ornement guerrier de sa cabine.

En voyant entrer le cardinal, sir William s'était levé; mais Emma Lyonna s'était contentée de lui faire une simple inclination de tête.

Sur le pont, la réception faite au cardinal Ruffo par l'équipage, et cela, malgré les cent coups de canon dont on avait salué sa venue, n'avait guère été plus polie, et, si le cardinal eût aussi bien compris la langue parlée par les matelots qu'il comprenait la langue écrite par Pope et par Milton, il eût certes porté plainte à l'amiral des insultes faites à sa robe et à son caractère, et dont une des moins graves, que Nelson avait fait semblant de ne pas entendre, était: «A la mer, le homard papiste!»

Ruffo salua les deux époux d'un air moitié sabre et moitié chapelet, et, s'adressant à l'ambassadeur d'Angleterre: