Le prétendu fugitif joua si bien son rôle, que le fermier ne prit aucun soupçon; mais, au contraire, sous prétexte de s'assurer que personne ne l'avait vu entrer, le fit cacher dans une espèce de fournil, disant que, pour leur sûreté commune, il allait faire le tour de la ferme.

En effet, dix minutes après, il rentra avec un visage plus rassuré, le tira de sa cachette, le fit asseoir à la table de la cuisine, et lui donna un morceau de pain, un quartier de fromage et un fiasco de vin.

Scipion Lamarra se jeta sur le pain comme un homme affamé, mangeant et buvant avec tant d'avidité, que le fermier, en hôte compatissant, se crut obligé de l'inviter à se modérer, eu lui disant que le pain ni le vin ne lui manqueraient; qu'il pouvait donc boire et manger à loisir.

Comme Lamarra commençait à suivre ce conseil, un autre paysan entra, qui portait le même costume que le fermier, mais paraissait un peu plus âgé que lui.

Scipion fit un mouvement pour se lever et sortir.

--Ne craignez rien, dit le fermier: c'est mon frère.

En effet, le nouveau venu, après un salut d'homme qui est chez lui, prit un tabouret et alla s'asseoir dans un coin de la cheminée.

Le faux patriote remarqua que le frère du fermier choisissait le côté où il y avait le plus d'ombre.

Scipion Lamarra, qui avait vu l'amiral Caracciolo à Palerme, n'eut besoin que de jeter un regard sur le prétendu frère du fermier pour le reconnaître.

C'était François Caracciolo.