--Ce me sera d'autant plus facile, répondit celui-ci, qu'il faut que je me lève moi-même avant le jour pour aller à Naples.
Scipion ne fit aucune demande, ne risqua aucune observation; il savait tout ce qu'il voulait savoir, et le hasard, qui se fait parfois complice des grands crimes, le servait au delà de ses souhaits.
Le lendemain, à deux heures, le fermier entra dans sa chambre. En un instant, il fut debout, habillé, prêt à partir. Le fermier lui donna un petit paquet préparé d'avance: c'était un pain, un morceau de jambon, une bouteille de vin.
--Mon frère m'a chargé de vous demander si vous avez besoin d'argent, ajouta le fermier.
Scipion eut honte. Il tira sa bourse, qui contenait quelques pièces d'or, et la montra à son hôte; puis il se fit indiquer un chemin de traverse, prit congé de lui, le chargea de présenter tous ses remercîments à son frère et partit.
Mais à peine eut-il fait cent pas, qu'il changea de direction, contourna la ferme, et à un endroit où le chemin se resserrait entre deux collines, vint attendre le fermier, qui ne pouvait manquer de passer là en allant à Naples.
En effet, une demi-heure après, il distingua, au milieu des ténèbres qui commençaient à s'éclaircir, la silhouette d'un homme qui suivait le chemin de Calvezzano à Naples, et qu'il reconnut presque aussitôt pour son fermier.
Il marcha droit à lui: l'autre le reconnut à son tour et s'arrêta étonné.
Il était évident qu'il ne s'attendait pas à une pareille rencontre.
--C'est vous? lui demanda-t-il.