Le bourreau mit un genou en terre près du patient, et, soit pitié, soit conscience de son état:
--Vous savez que vous pouvez demander un prêtre, lui dit-il, et que nul n'a le droit de vous le refuser.
A ces paroles, dans lesquelles il sembla à Salvato sentir luire la première étincelle de sympathie qui lui eût été témoignée depuis qu'il était tombé aux mains des lazzaroni, sa résolution de garder le silence s'évanouit.
--Merci, mon ami, dit-il d'une voix douce en souriant au bourreau: je suis soldat, et, par conséquent, toujours prêt à mourir; je suis honnête homme, et, par conséquent, toujours prêt à me présenter devant Dieu.
--Quel temps voulez-vous pour faire votre dernière prière? Foi de Donato, ce temps vous sera accordé, ou vous ne serez pas pendu par moi.
--J'ai eu le temps de faire ma prière depuis que je suis couché sur cette table, dit Salvato. Ainsi, mon ami, si vous êtes pressé, que je ne vous retarde pas.
Maître Donato n'était point habitué à trouver cette courtoisie chez ceux auxquels il avait affaire. Aussi, tout bourreau qu'il était, et par cela même qu'il était le bourreau, elle le toucha profondément.
Il se gratta l'oreille un instant.
--Je crois, dit-il, qu'il y a des préjugés contre ceux qui exercent notre état, et que certaines personnes délicates n'aiment pas à être touchées par nous. Voulez-vous dénouer votre cravate et rabattre le col de votre chemise vous-même, ou voulez-vous que je vous rende ce dernier service?
--Je n'ai pas de préjugés, répondit Salvato, et, non-seulement vous êtes pour moi ce qu'est un autre homme, mais encore je vous sais gré de ce que vous faites pour moi, et, si j'avais la main libre, ce serait pour vous serrer la main avant de mourir.