Maître Donato prit les cent ducats d'un air mélancolique qui donnait à sa figure une expression plus grotesque que sentimentale.

--Vous m'aviez promis autre chose que de l'argent si vous aviez les mains libres, Excellence.

--C'est vrai, dit Salvato, je t'avais promis ma main, et, comme un honnête homme n'a que sa parole, la voici.

Maître Donato saisit la main du jeune officier avec reconnaissance et la baisa avec effusion.

Salvato la lui laissa quelques secondes, sans que sa physionomie exprimât la moindre répugnance, et, quand maître Donato la lui eut rendue:

--Allons, Michele, dit-il, nous n'avons pas un instant à perdre: rechargeons les fusils, et droit au Château-Neuf!

Et en effet, Salvato et Michele, à la tête des lazzaroni libéraux qui venaient de seconder ce dernier dans la délivrance du prisonnier, s'élancèrent dans la strada dei Tribunali, gagnèrent la rue de Tolède par Porta-Alba et le Mercatello, la suivirent jusqu'à la strada de Santa-Anna-dei-Lombardi, et prirent enfin celles de Monte-Oliveto et de Medina, qui les conduisirent droit à la porte du Castello-Nuovo.

Lorsque Salvato se fut fait reconnaître, il apprit que l'événement qui venait de lui arriver était déjà parvenu aux oreilles des patriotes enfermés dans le château et que le gouverneur Massa venait de donner l'ordre à une patrouille de cent hommes de partir au pas de course et d'aller le délivrer.

Salvato songea dans quelle inquiétude devait être Luisa, si la nouvelle de son arrestation était parvenue jusqu'à elle; mais, toujours esclave de son devoir, il chargea Michele d'aller la rassurer, tandis qu'il aviserait avec le directoire aux moyens de faire passer à Schipani les ordres de son général en chef.

En conséquence, il monta droit à la salle où les directeurs tenaient leurs séances. A sa vue, un cri de joie s'échappa de toutes les poitrines. On le savait pris, et, comme on connaissait, en pareille occasion, la rapidité d'exécution des lazzaroni, on le croyait fusillé, poignardé ou pendu.