Il était couché sur le lastrico, la tête sur la selle de son cheval; il avait près de lui une cruche et un verre d'eau.

C'étaient le lit et le souper de ce sybarite qu'un an auparavant le pli d'une feuille de rose empêchait de dormir et qui faisait manger son lévrier dans des plats d'argent.

Salvato l'éveilla. Nicolino demanda, d'assez mauvaise humeur, ce qu'on lui voulait.

Salvato se nomma.

--Ah! cher ami, lui dit Nicolino, il faut que ce soit vous qui m'ayez réveillé pour que je vous pardonne de m'avoir tiré d'un si charmant rêve. Imaginez-vous que je rêvais que j'étais le beau berger Pâris, que je venais de distribuer les pommes et que je buvais le nectar en mangeant l'ambroisie avec la déesse Vénus, qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à la marquise de San-Clemente. Si vous avez des nouvelles d'elle, donnez-m'en.

--Aucune. A quel propos voulez-vous que j'aie des nouvelles de la marquise?

--Pourquoi pas? Vous aviez bien une lettre d'elle dans votre poche le jour où vous avez été assassiné.

--Trêve de plaisanterie, cher ami, il s'agit de parler de choses sérieuses.

--Je suis sérieux comme saint Janvier... Que voulez-vous de plus?

--Rien. Avez-vous une monture et un sabre à me donner?