--Pardon, mon général, dit Pagliucella en s'approchant: vous avez besoin ici, vous; c'est moi qui irai.
--Comment, toi? dit Salvato en riant. Tu en reviens!
--Raison de plus: je connais la route.
Les directeurs se regardèrent.
--Si tu te sens la force de faire ce que tu offres, dit sérieusement cette fois Salvato, tu auras bien mérité de la patrie.
--J'en réponds, dit Pagliucella.
--Alors, prends une heure de repos, et que Dieu veille sur toi!
--Je n'ai pas besoin de prendre une heure de repos, répondit le lazzarone; d'ailleurs, une heure de repos peut tout compromettre. Nous sommes aux plus courtes nuits de l'été, c'est-à-dire au 14 juin; à trois heures, le jour va venir: pas une minute à perdre. Donnez-moi la seconde lettre, cousue dans un morceau de toile cirée; je me la pendrai au cou comme une image de la Vierge; je boirai un verre d'eau-de-vie avant que de partir, et, à moins que saint Antoine, mon patron, ne soit décidément passé aux sanfédistes, avant quatre heures du matin, le général Schipani aura votre lettre.
--Oh! s'il le dit, il le fera, dit Michele, qui venait d'ouvrir la porte et qui avait entendu la promesse de Pagliucella.
La présence de son camarade donna à Pagliucella une nouvelle confiance en lui-même. La lettre fut cousue dans un morceau de toile cirée et fermée hermétiquement; puis, comme il était de la plus haute importance que personne ne vît sortir le messager, on le fit descendre par une fenêtre basse donnant sur la mer. Arrivé sur la plage, il se débarrassa de ses habits, et, liant seulement sur sa tête sa chemise et son caleçon, il se laissa couler à la mer.