--Ils nous indiquent qu'un coeur dévoué et une volonté persistante veillent, à partir de ce moment, sur nous, et que, dans quelque danger que nous nous trouvions, il ne faudra point désespérer.

--Et de qui vient ce talisman, qui a le privilége de t'inspirer une telle confiance?

--D'un homme qui m'a voué un amour égal à celui que j'ai pour toi,--de mon père.

Et alors, Salvato, qui avait déjà eu l'occasion, on se le rappelle peut-être, de parler à Luisa de sa mère, lui raconta pour la première fois la terrible légende de sa naissance, telle qu'il l'avait racontée aux six conspirateurs le soir de son apparition au palais de la reine Jeanne.

Salvato touchait à la fin de son récit, quand son attention fut attirée par le mouvement de la frégate anglaisé le Sea-Horse, commandée, comme nous l'avons déjà dit, par le capitaine Ball. Cette frégate, qui était ancrée d'abord en face du port militaire, avait décrit, en passant devant le Château-Neuf et le château de l'Oeuf, un grand cercle qui aboutissait à Mergellina, c'est-à-dire à l'endroit même où les lazzaroni, descendus par le Vomero, accomplissaient, dans la maison du Palmier et dans celle de la duchesse Fusco, l'oeuvre de vengeance à laquelle nous avons assisté.

A l'aide d'une longue-vue, il crut reconnaître que les Anglais débarquaient quatre pièces de canon de gros calibre, et les mettaient en batterie dans la villa, à l'endroit désigné sous le nom des Tuileries.

Deux heures après, le bruit d'une vive canonnade se faisait entendre à l'extrémité de Chiaïa, et des boulets venaient s'enfoncer dans les murailles du château de l'Oeuf.

Le cardinal, ayant appris que, par le Vomero, les lazzaroni étaient descendus à Mergellina, leur avait, par le même chemin, envoyé un renfort de Russes et d'Albanais, tandis que le capitaine Ball leur apportait des canons que l'on pouvait faire monter par l'Infrascata et descendre par le Vomero.

C'étaient ces canons, qui venaient d'être mis en batterie, qui battaient le fort de l'Oeuf.

Grâce à ce nouveau poste conquis par les sanfédistes, les patriotes étaient investis de tous les côtés, et il était facile de comprendre que, garantie comme elle l'était, la batterie que l'on venait d'élever ferait le plus grand mal au château de l'Oeuf.