Seulement, nous l'avons dit, le colonel Mejean avait déjà fait une première tentative auprès du cardinal, tentative qui avait été repoussée par cette simple réponse: «Je fais la guerre avec du fer et non avec de l'or!»

Le cardinal Ruffo, déjà prévenu contre Mejean, fit donc médiocre visage à son secrétaire, ou plutôt, sans s'en douter, à lui-même:

--Eh bien, monsieur, lui dit-il, êtes-vous chargé de me faire de vive voix des propositions, je ne dirai pas plus raisonnables, mais plus militaires que celles qui m'avaient été faites par écrit, et auxquelles vous connaissez sans doute ma réponse?

Mejean se mordit les lèvres.

--Mes propositions, c'est-à-dire celles du colonel Mejean, que j'ai l'honneur de représenter près de Votre Éminence, dit-il, ont deux faces: l'une spécifique, et par laquelle l'humanité m'ordonne de débuter; l'autre militaire, à laquelle le colonel ne recourra qu'à la dernière extrémité, mais à laquelle il recourra si Votre Éminence l'y force.

--J'écoute, monsieur.

--Mes collègues, ou plutôt les collègues du colonel Mejean, le commandant Massa et le commandant L'Aurora, ont traité et ont fait et obtenu les conditions que des rebelles pouvaient faire et doivent être trop contents d'avoir obtenues. Mais il n'en est point ainsi du colonel Mejean: ce n'est point un rebelle, c'est un ennemi, et un ennemi puissant, puisqu'il représente la France. S'il traite, il a donc droit à une meilleure capitulation que celle de MM. L'Aurora et Massa.

--C'est trop juste, répondit le cardinal, et voici celle que j'offre: Les Français sortiront du fort Saint-Elme tambours battants, mèche allumée, avec tous les honneurs de la guerre, et se réuniront à leurs compatriotes, encore en garnison à Capoue et à Gaete, sans aucun engagement qui enchaîne leur libre arbitre.

--Je ne vois pas là une grande amélioration sur le traité fait entre Votre Éminence et les commandants Massa et L'Aurora; eux aussi sortaient tambours battants, mèche allumée, et avaient droit de rester à Naples ou de se retirer en France.

--Oui; mais, sur la plage, avant de s'embarquer, ils déposaient les armes.