Et, d'un seul bond, d'un bond de jaguar, il sauta par-dessus l'estrade et tomba au milieu du prétoire. Alors, sans qu'on eût le temps de l'arrêter, sans que l'on pût même deviner son intention, il s'élança vers la fenêtre en faisant tournoyer ses chaînes et en criant:

--Place! place!

Chacun s'écarta devant lui. Il bondit sur le rebord de la croisée, mais n'y demeura qu'un instant. Toute la salle poussa un cri de terreur: il venait de plonger dans le vide. Puis, presque aussitôt, on entendit la chute d'un corps pesant qui s'écrasait sur le pavé.

Velasco était allé, comme il l'avait dit, à la mort, sans que Speciale l'y envoyât: il s'était brisé le crâne.

Il se fit un instant de silence pénible dans cette salle si bruyante. Juges, accusés, spectateurs frissonnaient. Luisa se jeta entre les bras de son amant.

--Faut-il lever la séance? demanda le président.

--Pourquoi cela? dit Speciale. Vous l'eussiez condamné à mort: il s'est donné la mort lui-même; justice est faite. Répondez, monsieur le Français, continua-t-il en s'adressant à Salvato, et dites comment il se fait que vous comparaissiez devant nous.

--Je comparais devant vous, dit Salvato, parce que je suis, non pas Français, mais Napolitain. Je me nomme Salvato Palmieri: j'ai vingt-six ans; j'adore la liberté, je déteste la tyrannie. C'est moi que la reine a voulu faire assassiner par son sbire Pasquale de Simone; c'est moi qui ai eu l'audace, en me défendant contre six assassins, d'en tuer deux et d'en blesser deux. J'ai mérité la mort: condamnez-moi.

--Allons, dit Speciale, il ne faut pas refuser à ce digne patriote ce qu'il demande: la mort!

--La mort! répéta le tribunal.