--Merci, merci, docteur! dit Michele; ce serait du poison perdu.

--Pourquoi cela?

--Mais parce que la vieille Nanno m'a prédit que je serais pendu, et que rien ne peut m'empêcher d'être pendu. Faites donc votre cadeau à quelqu'un qui soit libre de mourir à sa façon --J'accepte, docteur, dit la Pimentel; j'espère ne pas m'en servir; mais je suis femme, et, au moment suprême, je puis avoir un moment de faiblesse. Si ce malheur m'arrive, vous me pardonnerez, n'est-ce pas?

--La voici; mais vous avez tort de douter de vous-même, dit Cirillo: je réponds de vous.

--N'importe! fit Éléonor en tendant la main, donnez toujours.

Le matelas du docteur était trop éloigné de celui d'Éléonor Pimentel pour que Cirillo passât l'anneau de la main à la main; mais il le donna au prisonnier le plus proche de lui, qui le fit passer à son voisin, lequel le remit à Éléonor.

--On dit, fit celle-ci, que, lorsqu'on apporta à Cléopâtre l'aspic couché dans un panier de figues, elle commença par caresser le reptile en disant: «Sois la bienvenue, hideuse petite bête! tu me sembles belle, à moi, car tu es la liberté.» Toi aussi, tu es la liberté, ô bague précieuse, et je te baise comme une soeur.

Salvato, ainsi qu'on l'a vu, n'avait point pris part à la conversation. Il se tenait assis sur son lit, les coudes posés sur ses genoux, sa tête dans ses mains.

Hector Caraffa le regardait avec inquiétude. De son matelas, il pouvait atteindre jusqu'à lui.

--Dors-tu ou rêves-tu? demanda-t-il.