Au coin du vico della Conciaria, un homme, hideux de mutilation, avec une balafre lui fendant le visage en deux et lui crevant un oeil, avec une main dont les doigts étaient coupés, avec une jambe de bois par laquelle il avait remplacé sa jambe brisée, attendait le cortége, au-devant duquel sa faiblesse ne lui avait pas permis d'aller.
C'était le beccaïo.
Il avait appris le jugement et la condamnation de Salvato et avait fait un effort, tout mal guéri qu'il était, pour avoir le plaisir de le voir pendre.
--Où est-il, le jacobin? où est-il, le misérable? où est-il, le brigand? s'écria-t-il en essayant de franchir la haie des soldats.
Michele reconnut sa voix, et, tout mourant qu'il était, il se souleva dans sa charrette, et, avec un éclat de rire:
--Si c'est pour voir pendre le général Salvato que tu t'es dérangé, beccaïo, tu as perdu ta peine: il est sauvé!
--Sauvé? s'écria le beccaïo; sauvé? Impossible!
--Demande plutôt à ces messieurs, et vois la longue mine qu'ils font. Mais il y a encore une chance: c'est que tu te mettes à courir après lui. Tu as de bonnes jambes, tu le rattraperas.
Le beccaïo poussa un hurlement de rage: une fois encore, sa vengeance lui échappait.
--Place! crièrent les soldats en le repoussant à coups de crosse.