--Bon! dit le roi, qui ne manquait jamais de donner son coup de dent à Nelson, vous avez bien laissé passer toute la flotte française, se rendant à Alexandrie!

--C'était pour mieux l'anéantir à Aboukir, répondit Nelson.

--Eh bien, dit le roi, courez donc après les deux bâtiments qu'a vus le capitaine Skinner, et anéantissez-les!

--Le capitaine voudrait-il nous dire, demanda le duc de Calabre en faisant un double signe de respect à son père et à sa mère comme pour s'excuser d'oser prendre la parole devant eux, par quelles circonstances il se trouvait dans ces parages, et quelles causes lui font croire qu'un des deux bâtiments français qu'il a rencontrés était monté par le général Bonaparte?

--Volontiers, Altesse, répondit le capitaine en s'inclinant. J'étais parti de Malte pour aller passer au détroit de Messine, quand j'ai été pris par un coup de vent de nord-est, à une lieue au sud du cap Passaro. J'ai laissé courir à l'abri de la Sicile jusqu'à l'île de Maritimo, et laissé porter avec le même vent sur le cap Bon, filant grand largue.

--Et là? demanda le duc.

--Là, je me suis trouvé en vue de deux bâtiments que j'ai reconnus pour français et qui m'ont reconnu pour américain. D'ailleurs, un coup de canon avait assuré leur pavillon et m'avait invité à déployer le mien. L'un d'eux m'a fait signe d'approcher, et, quand j'ai été à portée de la voix, un homme en costume d'officier général m'a crié:

--Ohé! de la goëlette! avez-vous vu des bâtiments anglais?

»--Aucun, général, ai-je répondu.

»--Que fait la flotte de l'amiral Nelson?