--Alors, venez.
--Un ordre à donner, et je suis à vous.
On comprend le sentiment de délicatesse qui avait éloigné Salvato au moment où le chevalier était monté; mais son père, jugeant de quelles angoisses il devait être agité, voulait, en s'éloignant de la goëlette, lui dire ce qu'il ne savait que très-superficiellement, c'est-à-dire les conditions dans lesquelles les choses se trouvaient.
Donc, tout était pour le mieux: Luisa était prisonnière mais vivante, et le chevalier San-Felice, le duc et la duchesse de Calabre conspiraient pour elle.
Il était impossible qu'avec de pareilles protections, on ne parvint pas à la sauver.
D'ailleurs, si l'on échouait, il serait là, lui, pour tenter, avec son père, quelque coup désespéré dans le genre de celui qui l'avait sauvé lui-même.
Joseph Palmieri remonta: le chevalier l'attendait dans le canot qui l'avait amené. Le faux capitaine donna, en effet, très-haut quelques ordres en américain, et prit place près du chevalier.
Nous avons vu comment les choses s'étaient passées au palais, et quelles nouvelles apportait le propriétaire de la goëlette; il nous reste à voir maintenant ce qui, pendant ce temps-là, s'était passé dans la prison, et quel était le projet qui avait été arrêté entre le chevalier et ses deux puissants protecteurs, le duc et la duchesse de Calabre.
À dix heures précises, le chevalier frappait à la porte de la forteresse.
Ce mot de forteresse indique que la prison dans laquelle était renfermée la malheureuse Luisa était plus qu'une prison ordinaire: c'était un donjon d'État.