Ses yeux se fixèrent alors sur l'ouverture sombre qui se dessinait dans la muraille grise, et, à travers les barreaux de cette ouverture, il crut voir s'agiter une main et un mouchoir.

Le cri correspondant à celui qui sortait du coeur de la prisonnière s'élança du sien, et les ondes de l'air frémirent de nouveau, agitées par ces deux syllabes: «Luisa!»

Le mouchoir se détacha de la main, flotta un instant dans l'air et tomba au pied de la muraille.

Salvato eut la prudence d'attendre un instant, de regarder autour de lui si personne n'avait vu ce qui venait de se passer, et, s'étant assuré que tout était bien resté entre lui et la prisonnière, sans prévenir aucun des hommes de l'équipage, il mit le youyou à, la mer, et, comme un pêcheur qui tend ses ligues, il s'approcha de la plage.

Un espace de terrain d'une dizaine de mètres séparait le quai du pied du mur de la prison, et le bonheur voulut qu'aucune sentinelle n'y fût placée.

Salvato amarra son canot au rivage, ne fit qu'un bond, se trouva au pied de la muraille, ramassa le mouchoir et revint au canot.

A peine y avait-il repris sa place, qu'il entendit le pas mesuré d'une patrouille; mais, au lieu de s'éloigner du quai, ce qui eût pu donner des soupçons, il enfonça le mouchoir dans sa poitrine et resta dans le canot, faisant avec sa ligne ce mouvement de haut en bas que fait un homme qui pêche à la palangre.

La patrouille parut au pied de la tour; le sergent qui la commandait se détacha des rangs et s'approcha du canot.

--Que fais-tu là? demanda-t-il à Salvato, vêtu en simple marin.

Celui-ci lui fit répéter la question une seconde fois, comme s'il n'eût pas compris; puis: