Minuit sonna.
CIII
LA PATROUILLE
Le douzième coup frappé sur le timbre avait à peine cessé de retentir, que le nouveau geôlier, que l'on eût pu prendre jusque-là pour la statue de l'attente, s'anima, et, comme mû d'une résolution subite, monta l'escalier sans hâte, mais sans lenteur. Et, en effet, si son pas était entendu, si son passage était remarqué, si une question lui avait été faite, il eût eu à répondre: «En l'absence de mon père, j'ai la surveillance de la prison; je surveille.»
Mais tout dormait dans la citadelle: personne ne le vit, personne ne l'entendit, personne ne le questionna.
Arrivé au second étage, il parcourut le corridor dans toute sa longueur, puis revint sur ses pas, mais avec plus de précautions, mais étouffant sa marche, l'oreille tendue, retenant son haleine.
Tout à coup, il s'arrêta devant la porte de la prison de la San-Felice.
Il tenait d'avance dans sa main la clef de cette porte.
Il l'introduisit dans la serrure avec tant de précaution et la fit tourner avec tant de lenteur, qu'à peine entendit-on le grincement du fer sur le fer: la porte s'ouvrit.
Cette fois, la nuit était sombre, le vent sifflait à travers les barreaux de la fenêtre, dont on ne distinguait pas même l'ouverture, tant l'obscurité était épaisse.
Le jeune homme fit un pas dans la chambre en retenant son souffle.