Luisa, appuyée au coeur de Salvato, sentit, en quelque sorte, son coeur frémir.
--Qu'y a-t-il? demanda-t-elle en ouvrant d'effroi ses grands yeux.
--Rien, répondit Salvato; Dieu nous protégera!
Et, en effet, les fugitifs avaient grand besoin de la protection de Dieu: une sentinelle se promenait au pied de la tour, et les forces de Salvato, suffisantes pour descendre, étaient insuffisantes pour remonter.
D'ailleurs, descendre, c'était la mort possible; remonter, c'était la mort assurée.
Salvato n'hésita point. Il profita du moment où, dans sa promenade régulière et bornée, la sentinelle s'éloignait tournant le dos pour achever de descendre. Mais, au moment même où il touchait la terre, le soldat se retournait. Il vit à dix pas de lui un groupe informe s'agiter dans l'ombre.
--Qui vive? cria-t-il.
Salvato, sans répondre, tenant Luisa à moitié évanouie de terreur entre ses bras, prit sa course vers la mer, où certainement l'attendait la barque.
--Qui vive? répéta la sentinelle en s'apprêtant à mettre en joue.
Salvato, toujours muet, pressa sa course. Il distinguait la barque, il voyait ses amis, il entendait la voix de son père, qui criait, à lui: «Courage!» et, à ses matelots; «Accostez!»