»Éclairé sur ces divers points, le conseil de guerre, à la majorité des voix, a condamné François Caracciolo non-seulement à la peine de mort, mais encore à une mort ignominieuse.

»Ladite sentence ayant été présentée à milord Nelson, il a approuvé la condamnation et ordonné qu'à cinq heures de ce même jour la sentence fût mise à exécution, en pendant le condamné à la vergue de misaine et en l'y laissant pendu jusqu'au coucher du soleil, heure à laquelle la corde serait coupée et le corps jeté à la mer.

»Ce matin, à midi, j'ai reçu cet ordre; à une heure et demie, le coupable, condamné, était transporté à bord de la Minerve et mis en chapelle, et, à cinq heures du soir, la sentence était accomplie selon l'ordre qui en avait été donné.

»Je m'empresse, pour remplir mon devoir, de vous faire cette communication, et, avec le profond respect que je vous ai voué, j'ai l'honneur d'être,

»De Votre Éminence,
»Le très-dévoué serviteur,
»Comte DE THURN.»

Ruffo, atterré, relut deux fois la dernière phrase. Cette communication était-elle l'accomplissement d'un devoir, ou simplement une insulte.

En tout cas, c'était un défi.

Ruffo y vit une insulte.

En effet, seul, comme vicaire général, seul, comme aller ego du roi, Ruffo avait le droit de vie et de mort dans le royaume des Deux-Siciles. D'où venait donc que cet intrus, cet étranger, cet Anglais, dans le port de Naples, sous ses yeux, pour le défier sans doute,--après avoir déchiré la capitulation, après avoir, à l'aide d'une équivoque indigne d'un soldat loyal, fait conduire sous le feu des vaisseaux les tartanes qui portaient les prisonniers,--condamnait à mort, et à une mort infâme, un prince napolitain, plus grand que lui par la naissance, égal à lui par la dignité?

Qui avait donné à ce juge improvisé de pareils pouvoirs?