A neuf heures, la bière fut apportée. Le moine y déposa le corps; puis toutes les femmes du quartier y apportèrent chacune, soit une branche de ce laurier qui pousse dans tous les jardins, soit une de ces fleurs qui pendent à toutes les fenêtres, de façon que le corps en fut entièrement couvert.

En ce moment, les cloches de la petite église de Sainte-Lucie tintèrent tristement, et le clergé parut à la porte.

On ferma la bière: six matelots la prirent sur leurs épaules; le moine la suivit, marchant derrière elle; toute la population de Sainte-Lucie suivit le moine.

Une dalle était levée dans le choeur, à gauche de l'autel; les chants funèbres commencèrent.

Exagéré en tout, ce peuple napolitain, qui peut-être avait battu des mains en voyant pendre Caracciolo, fondait en larmes et éclatait en sanglots au chant des prêtres qui priaient sur sa bière.

Les hommes se frappaient la poitrine du poing, les femmes se déchiraient le visage avec leurs ongles.

On eût dit qu'un malheur public, qu'une calamité universelle frappait le royaume.

Mais cela ne s'étendait que de la descente du Géant au château de l'Oeuf; à cent pas de là, on égorgeait et l'on brûlait les patriotes.

Le corps de Caracciolo fut déposé dans le caveau improvisé pour lui et qui n'était point celui de sa famille; la pierre fut scellée sur son corps, et aucune marque distinctive n'indiqua que c'était là que reposait la victime de Nelson et le défenseur de la liberté napolitaine.

Les San-Luciotes, hommes et femmes, prièrent jusqu'au soir sur la tombe, et le moine avec eux.