--J'ai fait ce que je devais faire, lui dit-il; je te remercie de faire ce que tu dois!
XCII
LE TRIBUNAL DE MONTE-OLIVETO
Hector Caraffa ne s'était point trompé. A neuf heures du soir, on entendit les pas alourdis d'une troupe armée dans l'escalier qui conduisait au cachot des prisonniers; la porte s'ouvrit, et l'on vit dans la pénombre reluire les fusils des soldats.
Les geôliers entrèrent; ils portaient des chaînes qu'ils jetèrent sur le pavé du cachot et qui, en tombant, rendirent un son lugubre.
Le sang du noble comte de Ruvo se révolta.
--Des chaînes! des chaînes! s'écria-t-il; ce n'est point pour nous, je présume?
--Bon! Et pour qui donc voulez-vous que ce soit? demanda en goguenardant un des geôliers.
Hector fit un geste de menace, chercha autour de lui un objet quelconque dont il pût se faire une arme, et, n'en trouvant point, il pesa du regard le rocher qui couvrait l'orifice du puits, et, comme Ajax, fut près de le soulever.
Cirillo l'arrêta.
--Ami, lui dit-il, la cicatrice la plus honorable, après celle que le fer de l'ennemi laisse au bras d'un héros, c'est celle que laissent au bras d'un patriote les chaînes d'un tyran. Voici mon bras; où sont nos chaînes?