—Faites sortir vos soldats, lui dis-je.
Le brigadier regarda autour de lui, s'assura qu'il n'y avait aucune arme à ma portée, et, se retournant vers ses acolytes, il leur fit signe de nous laisser seuls. Les trois gendarmes obéirent aussitôt, et je me trouvai en tête à tête avec mon homme.
—Asseyez-vous là, dis-je au brigadier en lui montrant une chaise en face de moi. Il s'assit.
—Maintenant, lui dis-je en posant mes deux coudes sur la table et ma tête sur mes deux mains; maintenant que nous ne sommes que nous deux, écoutez, lui dis-je.
—J'écoute, me répondit mon Calabrais.
—Écoutez, mon cher maréchal des logis, car vous êtes maréchal des logis, n'est-ce pas?
—Je devrais l'être, excellence, mais les injustices…
—Vous le serez; laissez-moi donc vous donner un titre qui ne peut vous manquer d'un jour à l'autre et que vous méritez si bien sous tous les rapports. Maintenant, dis-je, mon cher maréchal des logis, vous n'êtes pas ennemi, lorsque la chose ne peut en rien vous compromettre, n'est-ce pas, d'un cigare de la Havane, d'une bouteille de Muscato-Calabrese, et d'une petite somme de deux piastres?
A ces mots, je tirai deux écus de mon gousset, et je les fis briller aux yeux de mon interlocuteur qui, par un mouvement instinctif, avança la main.
Ce mouvement me fit plaisir: cependant je ne parus pas le remarquer, et, renfonçant les deux piastres dans ma poche, je continuai.