—Au fait, dit le baron Pisani, tu ne dois pas t'amuser, attaché comme cela; attends, attends. Et il le détacha.
—Ah! fit le fou en sautant à terre et en étendant ses bras et jambes; ah! maintenant je veux aller jouer.
—C'est impossible, dit le baron; parce que la dernière fois qu'on te l'a permis, tu as été méchant.
—Alors, que vais-je donc faire? demanda le fou.
—Écoute, reprit le baron, pour te distraire un instant, veux-tu danser la tarentelle?
—Ah! oui, la tarentelle, s'écria le fou avec un accent joyeux dans lequel il ne restait pas la moindre trace de sa colère passée; la tarentelle.
—Allez lui chercher Thérésa et Gaëtano, dit le baron Pisani en s'adressant à l'un des gardiens; puis se retournant vers nous:—Thérésa, continua-t-il, est une folle furieuse, et Gaëtano est un ancien maître de guitare qui est devenu fou. C'est le ménétrier de l'établissement.
Un instant après, nous vîmes arriver Thérésa; deux hommes la portaient, et elle faisait d'incroyables efforts pour s'échapper de leurs mains. Gaëtano la suivait gravement avec sa guitare, mais sans que personne eût besoin de l'accompagner, car sa folie était des plus inoffensives. Mais à peine Thérésa eut-elle aperçu le baron, qu'elle courut dans ses bras en l'appelant son père; puis, l'entraînant dans un coin de la cellule, elle se mit à lui raconter tout bas les tracasseries qu'on lui avait faites depuis le matin.
—C'est bien, mon enfant, c'est bien, dit le baron, j'ai appris tout cela à l'instant même, voilà pourquoi j'ai voulu te récompenser en te donnant un instant d'agrément: veux-tu danser la tarentelle?
—Ah! oui, ah! oui, la tarentelle, s'écria la jeune fille en allant se placer devant son danseur, qui depuis un instant s'était déjà mis en mouvement et qui pelotait tout seul tandis que Gaëtano accordait son instrument.