—Est-ce un secret?
—Pas le moins du monde.
—Peste! mais c'est que je ne serais pas fâché de le connaître.
—Rien de plus facile: au moment de mourir je recommande qu'on creuse ma fosse bien profonde, bien profonde: vous savez que le centre de la terre est un immense lac?
—Vraiment?
—Immense. Or, l'eau ronge toujours, comme vous savez; l'eau ronge, ronge, ronge, jusqu'à ce qu'elle arrive à moi; alors elle m'emporte jusqu'à la mer. Arrivé au fond de la mer, je me couche, les deux talons appuyés à deux branches de corail. Le corail pousse; car, comme vous le savez, le corail est une plante: il pousse, pousse, pousse, passe dans les veines et fait le sang; alors il monte toujours, monte, monte, monte, et quand il arrive au cœur je ressuscite.
—Mon cher poète, dit vivement le baron interrompant notre conversation, est-ce que vous ne serez pas assez bon pour jouer une contredanse à ces pauvres gens?
—Si fait, mon cher baron, reprit Lucca en prenant le violon que lui présentait le baron Pisani et en le mettant d'accord, si fait; où sont-ils, où sont-ils? Et il monta sur une chaise, comme ont l'habitude de faire les ménétriers.
—Maëstro, dit le baron en appelant Gaëtano qui accourut avec sa guitare, maëstro, une contredanse.
—Oui, majesté, répondit Gaëtano en montant sur une chaise voisine de celle de Lucca, et en lui donnant le LA.