» Ferdinand, par la grâce de Dieu, etc.

» Avons décrété et décrétons ce qui suit:

» ART. 1er. Le général Murat sera jugé par une commission militaire dont les membres seront nommés par notre ministre de la guerre.

» ART. 2. Il ne sera accordé au condamné qu'une demi-heure pour recevoir les secours de la religion.»

Comme on le voit, on doutait si peu de la condamnation qu'on avait déjà réglé le temps qui devait s'écouler entre la condamnation et la mort.

Un second arrêté était joint à celui-ci. Ce second arrêté, qui découlait du premier, contenait les noms des membres choisis pour composer le conseil de guerre.

Toute la journée s'écoula sans que le général Nunziante eût le courage d'avertir Murat des nouvelles qu'il avait reçues. Dans la nuit du 12 au 13, la commission s'assembla; enfin, comme il fallait que le 13 au matin Murat parût devant ses juges, il n'y eut pas moyen de lui cacher plus long-temps la situation où il se trouvait; et le 13, à six heures du matin, l'ordonnance de mise en jugement lui fut signifiée, et la liste de ses juges lui fut communiquée.

Ce fut le capitaine Strati qui lui fit cette double signification, que Murat, si imprévue qu'elle fût pour lui, reçut cependant comme s'il y eût été préparé et le sourire du mépris sur les lèvres; mais, cette lecture achevée, Murat déclara qu'il ne reconnaissait pas un tribunal composé de simples officiers; que si on le traitait en roi, il fallait, pour le juger, un tribunal de rois; que si on le traitait en maréchal de France, son jugement ne pouvait être prononcé que par une commission de maréchaux; qu'enfin, si on le traitait en général, ce qui était le moins qu'on pût faire pour lui, il fallait rassembler un jury de généraux.

Le capitaine Strati n'avait pas mission de répondre aux interpellations du prisonnier: aussi se contenta-t-il de répondre que son devoir était de faire ce qu'il venait de faire, et que, le prisonnier connaissant mieux que personne les rigoureuses prescriptions de la discipline, il le priait de lui pardonner.

—C'est bien, dit Murat; d'ailleurs ce n'est pas sur vous autres que l'odieux de la chose retombera, c'est sur Ferdinand, qui aura traité un de ses frères en royauté comme il aurait traité un brigand. Allez, et dites à la commission qu'elle peut procéder sans moi. Je ne me rendrai pas au tribunal; et si l'on m'y porte de force, aucune puissance humaine n'aura le pouvoir de me faire rompre le silence.