—Le général Nunziante ne put lui répondre tant il était ému, mais Murat vit bien qu'il était attendu dans la cour; d'ailleurs, en ce moment, le bruit des crosses de plusieurs fusils retentit sur les dalles.

—Adieu, général, adieu! dit Murat, je vous recommande ma lettre à ma chère Caroline.

Puis, voyant que le général cachait sa tête entre ses deux mains, il sortit de la chambre et entra dans la cour. —Mes amis, dit-il aux soldats qui l'attendaient, vous savez que c'est moi qui vais commander le feu; la cour est assez étroite pour que vous tiriez juste: visez à la poitrine, sauvez le visage.

Et il alla se placer à six pas des soldats, presque adossé à un mur et exhaussé sur une marche.

Il y eut un instant de tumulte au moment où il allait commencer de commander le feu; c'étaient les prisonniers correctionnels qui, n'ayant qu'une fenêtre grillée qui donnait sur la cour, se débattaient pour être à cette fenêtre.

L'officier qui commandait le piquet leur imposa silence, et ils se turent.

Alors Murat commanda la charge, froidement, tranquillement, sans hâte ni retard, et comme il eût fait à un simple exercice. Au mot feu, trois coups seulement partirent, Murât resta debout. Parmi les soldats intimidés, six n'avaient pas tiré, trois avaient tiré au-dessus de la tête. C'est alors que ce cœur de lion, qui faisait de Murat un demi-dieu dans la bataille, se montra dans toute sa terrible énergie. Pas un muscle de son visage ne bougea. Pas un mouvement n'indiqua la crainte. Tout homme peut avoir du courage pour mourir une fois: Murat en avait pour mourir deux fois, lui!

—Merci, mes amis, dit-il, merci, du sentiment qui vous a fait m'épargner. Mais, comme il faudra toujours en finir par où vous auriez dû commencer, recommençons, et cette fois pas de grâce, je vous prie.

Et il recommença d'ordonner la charge avec cette même voix calme et sonore, regardant entre chaque commandement le portrait de la reine; enfin le mot feu se fit entendre, immédiatement suivi d'une détonation, et Murat tomba percé de trois balles.

Il était tué roide: une des balles avait traversé le cœur.