Voici ce que nous raconte Hérodote l'historien-poète.

C'était sous le règne d'Atys. Il y avait une grande famine en Lydie, royaume puissant de l'Asie mineure. Les Lydiens résolurent de se diviser en deux partis, et chaque parti prit pour chef un des deux fils du roi. Ces deux fils s'appelaient, l'aîné Lydus, et le cadet Tyrrhénus.

Cette division opérée, les deux chefs tirèrent au sort à qui resterait dans les champs paternels, à qui irait chercher d'autres foyers. Le sort de l'exil tomba sur Tyrrhénus, qui partit avec la portion du peuple qui s'était attachée à son sort, et qui aborda avec elle sur les côtes de l'Ombrie, qui devinrent alors les côtes tyrrhéniennes.

Ce furent les fondateurs de Possidonia, l'aïeule de Pestum.

Aussi les temples de l'ancienne ville de Neptune font-ils le désespoir des archéologues, qui ne savent à quel ordre connu rattacher leur architecture: quelques-uns y voient une des antiques constructions chaldéennes dont parle la Bible, et les font contemporains des murs cyclopéens de la ville. Ces murs, composés de pierres larges, lisses, oblongues, placées les unes au-dessus des autres et jointes sans ciment, forment un parallélogramme de deux milles et demi de tour. Un débris de ces murs est encore debout; et des quatre portes de Pestum, placées en angle droit, reste la porte de l'Est, à laquelle un bas-relief, représentant une sirène cueillant une rose, a fait donner le nom de porte de la Sirène: c'est un arc de quarante-six pieds de haut construit en pierres massives. Quant aux temples, qui sont au nombre de quatre, mais dont l'un est tellement détruit qu'il est inutile d'en parler, ils étaient consacrés, l'un à Neptune et l'autre à Cérés; quant au troisième, ne sachant à quel dieu en faire les honneurs, on l'a appelé la Basilique.

Le temple de Neptune est le plus grand; on y montait par trois marches qui règnent tout à l'entour. Il est long de cent quatrevingt-douze pieds: c'est non-seulement le plus grand, comme nous l'avons dit, mais encore, selon toute probabilité, le plus ancien de tous. Comme il est construit de pierres provenant en grande partie du sédiment du Silaro, et que ce sédiment se compose de morceaux de bois et d'autres substances pétrifiés, il a l'air d'être bâti en liège, quoique la date à laquelle il remonte puisse faire honte au plus dur granit.

Le temple de Cérès est le plus petit des trois, mais aussi c'est le plus élégant. Sa forme es un carré long de cent pieds sur quarante; il offre deux façades dont les six colonnes doriques soutiennent un entablement et un fronton. Chaque partie latérale, qui se compose de douze colonnes cannelées, supporte aussi un entablement et repose sans base sur le pavé.

La Basilique, dont, comme je l'ai dit, on ignore la destination primitive, a cent soixante-cinq pieds de longueur sur soixante-onze de large; elle offre deux façades dont chacune est ornée de neuf colonnes cannelées d'ordre dorique sans base, ses deux côtés présentent chacun seize colonnes de dix-neuf pieds de hauteur y compris le chapiteau.

Il existe bien encore aux environs quelque chose comme un théâtre et comme un amphithéâtre, mais le tout si ruiné, si inappréciable, et je dirai presque si invisible, que ce n'est pas la peine d'en parler.

Quelques jours avant notre arrivée, la foudre, jalouse sans doute de son indestructibilité, était tombée sur le temple de Cérès; mais elle y avait à peu près perdu son temps: tout ce qu'elle avait pu faire était de marquer son passage sur son front de granit en emportant quelques pierres de l'angle le plus aigu du fronton; encore l'homme s'était-il mis à l'instant même à l'œuvre pour faire disparaître toute trace de la colère de Dieu, et l'éternelle Babel n'avait-elle plus, à l'époque où nous la visitâmes, qu'une cicatrice qu'on reconnaissait à l'interruption de cette belle couleur feuille-morte qui dorait le reste du bâtiment.