Quant à Tom, il avait gardé, à compter de ce jour, une grande frayeur de ce corps respectable qui lui avait donné des coups de crosse dans les reins, et qui l'avait fait marcher à pied, quoiqu'il eût payé son fiacre.
On ne s'étonnera donc pas qu'en voyant apparaître, à la porte d'entrée du salon, la figure du municipal, il ait à l'instant battu en retraite jusqu'au plus profond du jardin. Rien ne donne du cœur à un homme comme de voir reculer son ennemi. D'ailleurs, ainsi que nous l'avons dit, le garde municipal ne manquait pas de courage: il se mit donc à la poursuite de Tom, qui, acculé dans son coin, essaya d'abord de grimper contre le mur, et, voyant, après deux ou trois essais, que la tentative était illusoire, il se dressa sur ses pattes de derrière et se prépara à faire bonne défense, utilisant en cette circonstance les leçons de boxing que lui avait données son ami Fau.
Le municipal, de son côté, se mit en garde et attaqua son adversaire dans toutes les règles de l'art. À la troisième passe, il fit feinte du coup de tête et porta le coup de cuisse; Tom arriva à la parade de seconde. Le municipal menaça Tom d'un coup droit; Tom revint en garde, fit un coupé sur les armes, et, attrapant de toute la force de son poing la garde du sabre de son ennemi, il lui renversa si violemment la main, qu'il lui luxa le poignet. Le municipal laissa tomber son sabre, et se trouva à la merci de son adversaire.
Heureusement pour lui et malheureusement pour Tom, le commissaire arrivait en ce moment; il vit l'acte de rébellion qui venait d'avoir lieu contre la force armée, tira de sa poche son écharpe, la roula trois fois autour de son ventre, et, se sentant soutenu par la garde, fit descendre le caporal et les neuf hommes dans le jardin, leur ordonna de se ranger en bataille, et demeura sur le perron pour commander le feu. Tom préoccupé de ces dispositions, laissa le municipal battre en retraite, portant sa main droite dans sa main gauche, et resta debout et immobile contre le mur.
Alors l'interrogatoire commença: Tom, accusé de s'être introduit nuitamment avec effraction dans une maison habitée et d'avoir commis sur la personne d'un agent public une tentative de meurtre qui n'avait échoué que par des circonstances indépendantes de sa volonté, n'ayant pu produire de témoin à décharge, fut condamné à la peine de mort; en conséquence, le caporal fut invité à procéder à l'exécution, et donna l'ordre aux soldats de préparer leurs armes.
Alors il se répandit dans la foule accourue à la suite de la patrouille un grand silence, et la voix seule du caporal se fit entendre: il commanda les unes après les autres toutes les évolutions de la charge en douze temps. Cependant, après le mot en joue, il crut devoir se retourner une dernière fois vers le commissaire; alors un murmure de compassion circula parmi les assistants, mais le commissaire de police, qu'on avait dérangé au milieu de son déjeuner, fut inexorable; il étendit la main en signe de commandement.
—Feu! dit le caporal.
Les soldats obéirent, et le malheureux Tom tomba percé de huit balles.
En ce moment, Alexandre Decamps rentrait avec une lettre de M. Cuvier, qui ouvrait à Tom les portes du Jardin des Plantes, et qui lui assurait la survivance de Martin.