Pendant que Joseph exécutait cet ordre, j'allai à ma bibliothèque, j'ouvris mon Buffon à l'article tortue; car je tenais à m'assurer si ce chélonien était ichtyophage, et je lus ce qui suit:
«Cette tortue d'eau douce, testudo aquarum dulcium c'était bien cela, aime surtout les marais et les eaux dormantes; lorsqu'elle est dans une rivière ou dans un étang, alors elle attaque tous les poissons indistinctement, même les plus gros: elle les mord sous le ventre, les y blesse fortement, et, lorsqu'ils sont épuisés par la perte du sang, elle les dévore avec la plus grande avidité et ne laisse guère que les arêtes, la tête des poissons, et même leur vessie natatoire, qui remonte quelquefois à la surface de l'eau.»
—Diable! diable! dis-je; le restaurateur a pour lui M. de Buffon: ce qu'il dit pourrait bien être vrai.
J'étais en train de méditer sur la probabilité de l'accident, lorsque Joseph rentra, tenant l'accusée d'une main et les balances de l'autre.
—Voyez-vous, me dit Joseph, ça mange beaucoup, ces sortes d'animaux, pour entretenir leurs forces, et du poisson surtout, parce que c'est très nourrissant; est-ce que vous croyez que, sans cela, ça pourrait porter une voiture?... Voyez, dans les ports de mer, comme les matelots sont robustes; c'est parce qu'ils ne mangent que du poisson.
J'interrompis Joseph.
—Combien pesait la tanche?
—Trois livres: c'est neuf francs que le garçon réclame.
—Et Gazelle l'a mangée tout entière?
—Oh! elle n'a laissé que l'arête, la tête et la vessie.