—Et maintenant, fais-toi une petite friction intérieure et extérieure avec du rhum, et va te coucher. Je n'ai pas besoin de te dire où est le rhum?

—Non, capitaine.

—Bonsoir, mon brave.

—Bonne nuit, capitaine.

—À propos, où sommes-nous?

—Nous passons entre le cap May et le cap Heulopin.

—Bon! bon! murmura le capitaine, dans trois heures nous serons en mer.

Et Double-Bouche referma la porte, le laissant dans cette espérance.

Quatre heures s'écoulèrent encore sans apporter de changement dans la situation respective des différents individus qui formaient l'équipage de la Roxelane; seulement, les dernières s'écoulèrent plus lentes et remplies d'anxiété pour le capitaine Pamphile. Il écouta avec une attention croissante les différents bruits qui lui annonçaient ce qui se passait autour et au-dessus de lui; il entendit les matelots se coucher dans leurs hamacs, il vit à travers les fentes de la porte les lumières s'éteindre; peu à peu le silence s'établit; puis les ronflements commencèrent, et le capitaine Pamphile, convaincu qu'il pouvait se hasarder à sortir de sa cachette, entrouvrit la porte de la sainte-barbe et passa la tête dans l'entrepont: il était tranquille comme un dortoir de religieuses.

Le capitaine Pamphile monta les six marches qui conduisaient à la cabine, et s'avança sur la pointe du pied jusqu'à la porte; il la trouva entrouverte, s'arrêta un instant pour respirer, puis jeta un coup d'œil dans l'intérieur. Il n'était éclairé que par quelques rayons obliques de la lune, qui glissaient par la fenêtre de l'arrière: ils tombaient sur un homme accroupi à cette fenêtre et regardant si attentivement un objet qui paraissait absorber toute son attention, qu'il n'entendit pas le capitaine Pamphile qui ouvrait la porte et la refermait au verrou derrière lui. Cette préoccupation de celui à qui il avait affaire et qu'il avait parfaitement reconnu pour Policar, quoiqu'il lui tournât le dos, parut amener un changement dans les intentions du capitaine; il repoussa dans sa ceinture son pistolet, qu'il en avait déjà à moitié tiré, s'approcha lentement et silencieusement de Policar, s'arrêtant à chaque pas, et retenant son souffle, afin de ne pas le distraire; puis enfin, lorsqu'il se trouva à portée, instruit de la manœuvre dont lui-même avait été victime en pareille circonstance, il saisit Policar d'une main par le collet de l'habit, de l'autre par le fond de la culotte, opéra le même mouvement de bascule qu'il avait senti exécuter sur lui-même, et l'envoya, avant qu'il eût eu temps de faire la moindre résistance ou de pousser le plus petit cri, examiner de plus près l'objet qu'il regardait avec une si grande attention.