— Adieu! dit Marguerite, vous à qui je ne sais quel nom donner.

— Nommez-moi votre frère!

— Adieu, mon frère!

— Oh! ma soeur! ma soeur! s'écria Paul en la serrant convulsivement entre ses bras, tu es la première qui m'ait fait entendre une aussi douce parole, Dieu t'en récompensera.

La jeune fille, étonnée, se recula; puis, revenant à Paul, elle lui tendit la main. Paul la serra une dernière fois, et Marguerite sortit. Alors, le jeune marin revint à la porte de communication et l'ouvrit.

— Et maintenant, vieillard, dit-il, conduis-moi à la tombe de mon père.

Chapitre XI Le lendemain du jour où Paul avait appris le secret de sa naissance, les habitants du château d'Auray se réveillèrent préoccupés plus que jamais des craintes et des espérances que leurs intérêts divers faisaient naître, car ce jour devait être pour tous, un jour décisif.

La marquise, que nos lecteurs connaissent maintenant pour une femme non point perverse et méchante, mais hautaine et inflexible, y voyait le terme de ses angoisses renouvelées chaque jour, car c'était surtout aux yeux de ses enfants qu'elle voulait conserver cette réputation sans tache dont l'usurpation lui coûtait si cher. Pour elle, Lectoure était non seulement un gendre convenable et portant un nom digne du sien, mais encore un homme ou plutôt un bon génie, qui, du même coup, éloignait d'elle sa fille, qu'il emmenait comme épouse, et son fils, à qui le ministre, grâce à cette alliance, avait promis de donner un régiment.

Une fois ces deux enfants partis, vienne le premier né, et le secret révélé n'avait pas d'écho. D'ailleurs, il y avait mille moyens de lui fermer la bouche.

La fortune de la marquise était immense, et l'or était une de ces ressources qu'elle croyait en pareil cas d'un effet infaillible. Elle était donc ardente à cette union de toute la force de sa crainte: de sorte que, non seulement elle secondait l'empressement de Lectoure, mais encore elle excitait celui d'Emmanuel. Pour celui-ci, las de vivre inconnu à Paris ou enterré en Bretagne, perdu au milieu de cette jeunesse élégante qui formait la maison du roi, ou relégué dans l'antique château de ses aïeux, en compagnie des vieux portraits de sa famille, il frappait avec empressement à cette porte dorée que promettait de lui ouvrir, à Versailles, son futur beau-frère.