— Comment, monsieur, s'écria Marguerite, vous comprenez ce que j'ai voulu vous dire et vous me laissez continuer! Comment, si, en descendant au fond de mon coeur, si, en interrogeant mes sentiments, j'y voyais l'impossibilité d'aimer… jamais… celui que l'on me présente pour mari…
— Eh bien! mais, répondit Lectoure avec le même accent, il ne faudrait pas le lui dire.
— Et pourquoi cela, monsieur?
— Parce que… mais… parce que… parce que ce serait trop naïf.
— Et si cet aveu, je ne le faisais point par naïveté, monsieur; si je le faisais par délicatesse? Si j'ajoutais… et que la honte de cet aveu retombe sur ceux qui me forcent à le faire! si j'ajoutais, monsieur, que… j'ai aimé… que j'aime encore!
— Oh! quelque petit cousin, n'est-ce pas? dit négligemment Lectoure croisant une jambe sur l'autre et jouant avec son jabot. C'est une race maudite, ma parole d'honneur! que ces petits cousins. Mais heureusement on sait ce que c'est que de pareils attachements, et il n'y a pas une pensionnaire qui, à la fin des vacances, ne rentre au couvent avec une passion dans le coeur.
— Malheureusement pour moi, répondit Marguerite d'une voix aussi triste et aussi grave que celle de son interlocuteur était railleuse et légère, malheureusement je ne suis plus une pensionnaire, monsieur, et, quoique jeune encore, j'ai depuis longtemps passé l'âge des jeux puérils et des attachements enfantins. Lorsque je parle, à l'homme qui me fait l'honneur de solliciter ma main et de m'offrir son nom, de mon amour pour un autre, il doit penser que je lui parle d'un amour grave, profond, éternel! d'un de ces amours enfin qui laissent leur trace dans le coeur et creusent leur passage dans la vie.
— Diable! fit Lectoure comme s'il commençait à donner plus d'importance à la révélation; mais c'est de la bergerie, cela! Voyons. Est-ce un jeune homme que l'on puisse recevoir.
— Oh! monsieur, s'écria Marguerite se reprenant à l'espoir que semblaient lui donner ces paroles; oh! croyez moi bien, c'est l'être le meilleur, l'âme la plus dévouée!
— Mais je ne vous demande pas cela, et je ne parle pas des qualités du coeur. Il les a toutes, c'est convenu. Je vous demande s'il est de noblesse, s'il est de race, si une femme comme il faut peut l'avouer enfin, et cela sans faire tort à son mari.