— Monsieur Paul! annonça tout à coup le domestique.
— Hein! fit Emmanuel en se retournant.
— Qu'est-ce? dit Lectoure en se dandinant. Encore un voisin de campagne!
— Non; celui-là c'est autre chose! répondit Emmanuel avec inquiétude. Comment cet homme ose-t-il se présenter ici?
— Ah! ah! roturier, hein? vilain, n'est-ce pas? mais riche? Non?
Poète?… musicien?… peintre?… Eh bien! mais je vous assure, Emmanuel, que l'on commence à recevoir cette espèce. La philosophie maudite a tout confondu. Que voulez-vous, mon cher, il faut en prendre bravement son parti. On est arrivé là. Un artiste s'assied près d'un grand seigneur, le coudoie, le salue du coin du chapeau, reste sur son siège quand il se lève; ils parlent ensemble des choses de la cour, ils ricanent, ils plaisantent, ils chamaillent. C'est un mauvais goût de très bon ton.
— Vous vous trompez, Lectoure, répondit Emmanuel; ce n'est ni un poète, ni un peintre, ni un musicien, c'est un homme à qui je dois parler seul. Écartez donc Nozay, tandis que j'écarterai Lajarry.
À ces mots, les deux jeunes gens prirent chacun le bras d'un des deux campagnards, et s'éloignèrent en parlant chasse et voyages.
À peine les portes latérales s'étaient-elles refermées derrière eux, que Paul parut à celle du milieu.
Il entra dans cette chambre qu'il connaissait déjà, et dont chaque angle cachait une porte, l'une donnant dans une bibliothèque et l'autre dans le cabinet où il avait attendu, lors de sa première visite, le résultat de la conférence entre Marguerite et Emmanuel. Puis, s'approchant de la table, il resta un instant debout, regardant alternativement ces deux portes, comme s'il se fût attendu à voir ouvrir l'une ou l'autre. Son espérance ne fut pas trompée.