— Vous avez raison, répondit Emmanuel; mais il faut rencontrer un homme qui n'ait pas besoin de plus d'un instant pour les comprendre.

— J'écoute, dit Paul.

— Vous m'avez parlé de lettres, continua Emmanuel se rapprochant encore de son interlocuteur et baissant la voix.

— C'est vrai, répondit Paul avec le même calme.

— Vous avez fixé un prix à ces lettres?

— C'est encore vrai.

— Eh bien! si vous êtes homme d'honneur, pour cette somme renfermée dans ce portefeuille, vous devez être prêt à me les rendre.

— Oui, répondit Paul, oui, monsieur; il en était ainsi tant que j'ai cru que votre soeur, oubliant les serments faits, la faute commise, et jusqu'à l'enfant qu'elle avait mis au jour, secondait votre ambition de son parjure. Alors je pensai que c'était un baptême de larmes assez amer d'entrer dans le monde sans nom et sans famille, pour ne pas du moins y entrer sans fortune. Et je vous avais demandé, il est vrai, cette somme en échange de ces lettres. Mais aujourd'hui la position est changée, monsieur. J'ai vu votre soeur se jeter à vos genoux, je l'ai entendue vous supplier de ne point la forcer à ce mariage infâme; et ni prières, ni supplications, ni larmes n'ont eu de pouvoir sur votre coeur. C'est donc aujourd'hui à moi, qui tiens votre honneur et celui de votre famille entre mes mains, c'est donc à moi de sauver la mère du désespoir, comme je voulais sauver l'enfant de la misère. Ces lettres, monsieur, vous seront remises lorsque, sur cette table, au lieu du contrat de mariage de votre soeur avec le baron de Lectoure, nous signerons celui de mademoiselle Marguerite d'Auray avec monsieur Anatole de Lusignan.

— Jamais, monsieur, jamais.

— Vous ne les aurez cependant qu'à cette condition, comte.