— Vous le voyez, madame, dit Emmanuel en s'approchant à son tour et en baisant la main de sa mère, tout le monde est à genoux devant votre piété conjugale.

— Où est Marguerite? murmura la marquise à demi-voix.

— Elle était là il n'y a qu'un instant, répondit Emmanuel.

— Faites-la prévenir, continua la marquise sur le même ton.

— Le marquis d'Auray! annonça alors le domestique.

Chacun s'écarta de manière à démasquer la porte, et tous les yeux se tournèrent du côté où ce nouveau personnage devait apparaître. Cette curiosité ne tarda point à être satisfaite; le marquis s'avança presque aussitôt, soutenu par deux domestiques.

C'était un vieillard dont la figure, malgré les traces de souffrances qui l'avaient sillonnée, conservait encore l'aspect de noblesse et de dignité qui en avait fait un des hommes les plus distingués de la cour. Ses grands yeux caves et fiévreux se promenaient sur toute l'assemblée avec une expression étrange d'étonnement. Il avait son costume de maître de camp, portait l'ordre du Saint-Esprit au cou, et celui de Saint-Louis à la boutonnière. Il s'avança lentement, sans prononcer une parole. Les deux valets le conduisirent, au milieu d'un profond silence, vers un fauteuil sur lequel il s'assit; après quoi ils se retirèrent. La marquise se plaça à sa droite. Le notaire tira le contrat du portefeuille et le lut à haute voix. Le marquis et la marquise reconnaissaient cinq cent mille francs à Lectoure, et constituaient en dot la même somme à Marguerite.

Pendant toute cette lecture, la marquise, malgré son apparente impassibilité, avait donné quelques marques d'inquiétude.

Enfin, comme le notaire reposait le contrat sur la table, Emmanuel rentra et se rapprocha de sa mère:

— Et Marguerite? dit la marquise.