— Oh! mon père! mon père! s'écria Marguerite; grâce pour moi! grâce! Non, non, il ne sera pas dit que, depuis dix ans que je n'ai vu mon père, on m'arrachera de ses bras au moment où je le revois! et cela sans qu'il m'ait reconnue, sans qu'il m'ait embrassée! Mon père!… c'est moi… c'est votre fille!…

— Qu'est-ce que cette voix qui m'implore? murmura le marquis.
Qu'est-ce que cette enfant qui m'appelle son père?

— Cette voix, dit la marquise saisissant le bras de sa fille, c'est une voix qui s'élève contre les droits de la nature! Cette enfant, c'est une fille rebelle!

— Mon père, s'écria Marguerite, regardez-moi!… sauvez-moi!… défendez-moi!… je suis Marguerite!

— Marguerite?… Marguerite?… balbutia le marquis; j'ai eu autrefois un enfant de ce nom.

— C'est moi!… c'est moi!… reprit Marguerite; c'est moi qui suis votre enfant! c'est moi qui suis votre fille!

— Il n'y a d'enfants que ceux qui obéissent! dit la marquise. Obéissez, et vous aurez le droit de dire que vous êtes notre fille.

— Oh! à vous, mon père!… Oui, à vous, je suis prête à obéir. Mais vous ne l'ordonnez pas, vous!… Vous ne voulez pas que je sois malheureuse!… malheureuse à désespérer!… malheureuse à mourir!

— Viens! viens! dit le marquis, la retenant et la pressant à son tour dans ses bras. Oh! c'est une sensation inconnue et délicieuse que celle que j'éprouve! Et maintenant… attends!… attends!… Il porta la main à son front. Il me semble que je me souviens!

— Monsieur, s'écria la marquise, dites-lui qu'elle doit obéir, que Dieu maudit les enfants rebelles; dites-lui cela plutôt que de l'encourager dans son impiété!