Mais cette nouvelle, annoncée à la marquise dans ce moment de paroxysme suprême où les différents intérêts et les différentes passions jetaient les acteurs de ce drame intime dont nous nous sommes fait l'historien, cette nouvelle avait été entendue de Paul.

Jugeant impossible la signature du contrat dans l'état où était le marquis, il n'avait pris que le temps de rappeler une seconde fois à Marguerite qu'elle le retrouverait chez Achard, si elle avait besoin de lui: après quoi il s'était élancé dans le parc, et s'orientant au milieu de ses allées et de ses massifs avec cette habileté du marin qui lit tout chemin au ciel, il avait retrouvé la maison et était entré tout haletant dans la chambre du vieillard au moment où celui-ci commençait à reprendre ses sens, et s'était jeté dans ses bras. Alors la joie avait rendu quelque force au vieux serviteur, sûr au moins de mourir sur le coeur d'un ami.

— Oh! c'est toi! c'est toi! s'écria le vieillard, je n'espérais pas te revoir.

— Et tu as pu penser que j'apprendrais ton état, s'écria Paul, et que je n'accourrais pas à l'instant!

— Mais je ne savais où te chercher, moi; où te faire dire que je voulais te voir une dernière fois avant de mourir.

— J'étais au château, père; j'ai tout appris et je suis accouru.

— Et comment étais-tu au château? dit le vieillard étonné.

Paul lui raconta tout.

— Providence de Dieu! murmura Achard lorsque Paul eut terminé son récit, que tes décrets sont cachés et inévitables! Toi qui au bout de vingt années ramènes le jeune homme au berceau de l'enfant, et qui tues l'assassin du père par le seul aspect du fils!

— Oui, oui, cela s'est passé ainsi, répondit Paul; et c'est cette même Providence qui me conduit à toi pour que je te sauve. Car, je le sais, ils t'ont refusé le médecin et le prêtre.