— Non, répondit le vieillard; mais avez-vous oublié, madame, qu'il avait laissé un fils sur la terre?
— Tu l'as donc aussi vu, toi? s'écria la marquise.
— Oui, répondit Achard.
— Et tu lui as tout dit…
— Tout!
— Et les papiers qui constatent sa naissance? demanda la marquise avec anxiété.
— Le marquis n'était pas mort. Les papiers sont là.
— Achard, s'écria la marquise tombant à genoux devant le lit,
Achard, tu auras pitié de moi!
— Vous à genoux devant moi, madame!
— Oui, vieillard, dit la marquise suppliante, oui, je suis à genoux devant toi, et je te prie, et je t'implore, car tu tiens entre tes mains l'honneur d'une des plus vieilles familles de France, ma vie passée, ma vie à venir!… Ces papiers, c'est mon coeur, c'est mon âme, c'est plus que tout cela, c'est mon nom! le nom de mes aïeux, le nom de mes enfants; et tu sais ce que j'ai souffert pour garder ce nom sans tache! Crois-tu que je n'avais pas au coeur, comme les autres femmes, des sentiments d'amante, d'épouse et de mère! Eh bien! je les ai étouffés tous les uns après les autres, et la lutte a été longue. J'ai vingt ans de moins que toi, vieillard; je suis pleine de vie, et tu vas mourir. Eh bien! regarde mes cheveux: ils sont plus blancs que les tiens!