Achard se retourna et aperçut Paul, qui était arrivé comme la marquise s'éloignait, si préoccupée de la scène que nous venons de raconter, qu'elle n'avait pas aperçu le jeune capitaine.

Celui-ci s'approchait à son tour voyant le vieillard seul, lorsqu'il entendit les derniers mots auxquels il répondit avec sa bonne humeur habituelle.

Achard, étonné de cette apparition inattendue, le regarda comme pour le prier de répéter.

— Je dis, continua Paul, qu'il y a plus de grandeur dans la résignation qui plie que dans la philosophie qui doute. C'est une maxime de nos quakers que, pour mon bonheur éternel, j'aurais voulu avoir moins souvent à la bouche et plus souvent dans le coeur.

— Pardon, monsieur, dit le vieillard en voyant notre aventurier qui le regardait, immobile, un pied posé sur le seuil de sa porte; mais puis je savoir qui vous êtes?

— Pour le moment, répondit Paul, donnant comme d'habitude l'essor à sa poétique et insoucieuse gaieté, je suis un enfant de la république de Platon, ayant le genre humain pour frère, le monde pour patrie, et ne possédant sur la terre que la place que je m'y suis faite moi-même.

— Et que cherchez-vous? continua le vieillard, souriant malgré lui à cet air de joyeuse humeur répandu sur tout le visage du jeune homme.

— Je cherche, répondit Paul, à trois lieues de Lorient, à cinq cents pas du château d'Auray, une maisonnette qui ressemble diablement à celle-ci, et dans laquelle je dois trouver un vieillard qui pourrait bien être vous.

— Et comment se nomme ce vieillard?

— Louis Achard.